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Le corps

12,23 €

par Anne Bazin, Nicolas Bué et Cédric Passard (dirs.)

C. Arambourou, A. Béja, C. Clair, R. Contentin, N. Deffontaines, A. Dorothy-Mornington, N. Fischer, C. Fourton, A. Louis, A. Mardon, I. Martinache, V. Souffron, E. Taïeb, L. Vaté

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Et en lettre suivie pour la France métropolitaine !

Traitant d’un des deux thèmes au concours commun d'entrée 2024 et 2025 des Instituts d'Études Politiques de province, cet ouvrage réunit des spécialistes des questions contemporaines pour offrir un outil extrêmement pratique et intelligent à des élèves peu habitués à présenter des concours.
Une pensée et un objet agréables à manier, structuré en fiches abordant les divers aspects thématiques du sujet.

Fiche technique

Référence
460944
ISBN
9782350309446
Hauteur :
17,8 cm
Largeur :
12 cm
Nombre de pages :
200
Reliure :
broché

INTRODUCTION MÉTHODOLOGIQUE

QUELQUES CONSEILS MÉTHODOLOGIQUES

1. LE CORPS COMME PHÉNOMÈNE CULTUREL ET FAIT SOCIAL TOTAL

2.LE MODELAGE HISTORIQUE DU CORPS EN OCCIDENT

3.LE CORPS EN PHILOSOPHIE

4.LE CORPS POLITIQUE

5.LE STATUT DU CORPS EN DROIT

6.LA MARCHANDISATION DU CORPS HUMAIN

7.LE CONTRÔLE DES CORPS

8.ANATOMIE POLITIQUE DES CORPS

9.LA RACISATIONDES CORPS

10.LE CORPS COMME MARQUEUR SOCIAL

11.CORPS DE FILLES, CORPS DE GARÇONS

12.LES CORPS DES EXCLUS

13.LE CORPS HANDICAPÉ

14.CORPS,SANTÉ ET MALADIE

15.POLITIQUES DU CARE

16.CORPS ET SEXUALITÉ

17.LE CULTE DU CORPS

18.CORPS ET SPORT

19.CORPS AU TRAVAIL

20.LE CORPS MILITANT

21.LE CORPS DES LEADERS POLITIQUES 

22.DES CORPS MOURANTS AUX CORPS MORTS

23.DES HUMAINS ET DES (CORPS)MORTS

24.LES PRODUCTIONS ET SÉCRÉTIONS CORPORELLES

25.L’IMAGE,SUBSTITUT DU CORPS

26.DANS LA PEAU DU NUMÉRIQUE

27.LE TRANSHUMANISME 

SÉLECTION BIBLIOGRAPHIQUE

GLOSSAIRE

Anne Bazin et Cédric Passard sont maîtres de conférences à Sciences Po Lille. Ils ont codirigé les volumes de la même collection des années précédentes et réuni une équipe d’une demi-douzaine de spécialistes de différentes approches de la question. Ils codirigent cette année le volume avec Nicolas Bué, professeur de sciences politiques à l’Université d’Artois et spécialiste du corps.

L’EXCLUSION SOCIALE COMME RÉDUCTION DE L’INDIVIDU À SON CORPS

Selon une remarque de Nietzsche cité par l’anthropologue Veena Das (1995), tout individu qui intègre une société lui remet son corps en dépôt : s’il respecte le contrat social, il sera physiquement protégé par la collectivité; mais s’il contrevient à ses normes, il s’expose à une violence physique plus ou moins forte. Cette idée peut servir de fil directeur à une relecture de l’histoire de nos sociétés: à toutes les époques, on trouve en effet des corps violentés ou abandonnés en raison des actes illégaux, ou simplement déviants, de leurs propriétaires. Ce constat reste vrai pour les sociétés modernes, même si elles connaissent un processus de “civilisation des mœurs” classiquement décrit par Norbert Elias (1991). Selon sa description, les sociétés occidentales connaissent une transformation majeure entre la fin du Moyen Âge et le XIXe siècle: la violence physique, qui imprègne originellement les rapports sociaux les plus ordinaires, diminue progressivement au profit d’une société “pacifiée”. C’est désormais l’État qui détient le monopole des moyens d’user de la violence – les armes dont sont équipés les policiers ou les militaires – et c’est donc lui qui assure la protection physique de ses citoyens et ses citoyennes. Cette protection s’accentue au fil des siècles, et culmine avec la consolidation des régimes démocratiques au xxe siècle: la citoyenneté correspond désormais à un ensemble de droits civiques qui protègent chacun et chacune contre la violence de l’État (liberté d’expression, de circulation, de critique), mais aussi à des droits sociaux qui leur garantissent également une protection matérielle (allocations familiales, allocations chômage, pensions de retraite).

Mais cette limitation de la violence physique n’est pas également valable pour l’ensemble des catégories sociales. Si les plus pauvres bénéficient progressivement des politiques sociales, ils font longtemps l’objet d’une contrainte physique exercée par les administrations qui les prennent en charge: au XIXe siècle, les indigents sont ainsi contraints à vivre pauvrement à l’hospice, et leurs biens – et parfois leur corps même – seront récupérés par l’institution hospitalière. D’autres populations sont quant à elles exclues de tout ou partie des droits normalement reconnus aux citoyens. Cette exclusion peut être due à leur comportement déviant : c’est le cas, aujourd’hui comme hier, pour les criminels condamnés, qui sont renvoyés à la violence de l’enfermement carcéral – ou à celle de l’exécution capitale, tant que persiste la peine de mort. Mais c’est aussi le cas pour des groupes qui ne commettent aucune infraction pénale, mais dont la présence dans l’espace public constitue un désordre social et moral. Dès le XVIIe siècle, la volonté de pacifier les rues des villes pour y faciliter la circulation des biens et des personnes conduit à en exclure les populations qui l’encombrent: les vagabonds, les marchands ambulants ou les prostituées, désignés à l’époque par le terme générique de “populations flottantes”. La première Lieutenance générale de Police, créée à Paris en 1667, a ainsi pour principale mission leur arrestation et leur enfermement dans des hôpitaux et des “maisons de force”. Le sort de ces populations ne change pas fondamentalement avec l’avènement du régime républicain à la fin du XIXe siècle: si les Françaises et les Français jouissent désormais du rang de citoyen, vagabonds et prosti- tuées ne bénéficient de leur côté que d’un statut que l’historien Emmanuel Blanchard (2011) qualifie de “citoyenneté dégradée”. Si elles ne sont pas sans droits, ces populations sont avant tout remises au contrôle des policiers, qui peuvent en toute discrétion autoriser ou entraver leurs activités et leurs déplacements. Le XXe siècle leur ajoute de nouveaux groupes, en l’occurrence pleinement exclus de la citoyenneté : les populations colonisées vivant en métropole d’une part, et les immigrés étrangers d’autre part. Là encore, la reconnaissance à ces populations de certains droits ne leur garantit qu’une protection limitée, l’expulsion restant toujours une possibilité.