par Jean-Christophe Abramovici et Elise Pavy-Guilbert.
France met. : 5€ ⭢ 24€ d'achat, 10€ ⭢ 48€, 15€ ⭢ 96€, 20€ au-delà. DOM-TOM : 12€, 20€, 28€, 40€
Les Lumières sont puissamment marquées par des révolutions de la langue française. Si l’âge classique et le début du XVIIIe siècle s’attachent à penser le langage et les langues, l’enjeu du « tournant des Lumières » est de changer la langue et son système, et partant, de renouveler en profondeur les discours, les mots et les signes dans l’espoir de rénover d’un même geste la littérature et la société. Les Lumières alternent entre une perception mécanique et vitaliste de la langue, volontiers comparée à un organisme vivant, et une vision sociale et politique de celle-ci, entée sur des idéaux et des idéologies. Si l’institution du nom de langue française se consolide, la langue elle-même se fixe à cette époque, dans ses règles et ses usages, avant que d’aucuns aspirent bientôt à les bouleverser et à s’en émanciper.
Ainsi l’idée d’une langue française régénérée, révolutionnée et bien sûr révolutionnaire revient-elle comme un leitmotiv dans les textes et hante la période 1760 à 1830. Après le gouvernement, les lois, l’instruction publique, les poids et les mesures, les noms des rues, l’organisation de la famille et les mœurs, la Révolution souhaite régénérer et révolutionner la langue, qui est l’outil journalier pour les réfléchir, les écrire et les pérenniser. Cette langue nouvelle doit devenir à la fois l’objet de la pensée publique et l’agent le plus sûr de la Révolution, notamment en imposant des mots nouveaux et des manières neuves de concevoir le monde, en confiant à l’époque présente et au temps futur le soin de les répandre, de les perpétuer et de les affiner. Le bilan de ces changements, que beaucoup espèrent définitifs, sera fortement discuté au début du XIXe siècle.
Quelles révolutions de la langue française s’opèrent durant la période 1760-1830, tant dans les réflexions et les représentations que dans les modifications concrètement réalisées ? Comment et par qui sont-elles insufflées ? De quelles manières sont-elles d’emblée jugées et interprétées ? Que reste-t-il de cette langue française du tournant des Lumières et est- elle toujours la nôtre ? C’est ce que ce numéro ambitionne de comprendre et d’interroger.
La section « Textes » présente une édition de l’Abus des mots (1789), brochure dont l’auteur dénonce l’usage que les révolutionnaires font de la langue française.
Le cahier d’Orages accueille un entretien avec Barbara Cassin et Xavier North à propos de la création du parcours d’exposition de la Cité internationale de la langue française au château de Villers-Cotterêts.
Fiche technique
Editorial, par Jean-Christophe Igalens
Les Révolutions de la langue française
DOSSIER
1. Jean-Christophe Abramovici (Sorbonne Université) et Élise Pavy-Guilbert (Université Bordeaux Montaigne), Présentation
2. Gilles Siouffi (Sorbonne Université) et Agnès Steuckardt (Université Paul Valéry Montpellier 3), « Analogie et rationalité pendant la Révolution française »
3. Daniel Droixhe (Académie royale de langue et de littérature françaises, Belgique) « Mots nouveaux et “mots chéris” ou “vedettes” à la Révolution française : Brunot, Mercier, Reinhard »
4. Jacques Guilhaumou (CNRS), « Quand dire la liberté et l’égalité, c’est faire la langue du peuple souverain. Le style plébéien de Gracchus Babeuf (1760-1797) »
5. Ronan Chalmin (Auburn University), « Prêcher la Révolution, du Cercle social à la Conjuration des Égaux »
6. Hélène Parent (Université de Lorraine), « Parler comme le peuple pour parler au peuple ? La presse populaire comme laboratoire linguistique (1789-1794) »
7. Huguette Krief (Aix Marseille Université), « Jean-Claude Gorjy (1753-1795), romancier sensible, au chevet de l’Ancien régime : une déconstruction carnavalesque de la langue de la Révolution »
8. Michel Delon (Sorbonne Université), « Stagnation : un mot, une image, la révolution d’une idée »
TEXTE
9. L’Abus des mots (1789), édité et annoté par Jean-Christophe Abramovici et Élise Pavy-Guilbert
VARIA
11. Nicolas Fréry (Université Gustave Eiffel), Ultima Scripta. Lectures de la lettre posthume de Julie (La Nouvelle Héloïse, VI, 12), de Staël à Balzac
ENTRETIEN
10. Entretien avec Barbara Cassin et Xavier North, Cité internationale de la langue française
Table des contributrices et des contributeurs
Table des illustrations
Table des matières
Jea n-ChristopheAbramoviciestprofesseuràSorbonneUniversité.Jean-Christophe Abramovici est professeur à Sorbonne-Université.
Elise Pavy-Guilbert est maître de conférences à l'université Bordeaux-Montaigne.
Jean-Christophe Abramovici et Elise Pavy-Guilbert, avec l'ensemble des contributrices et contributeurs, invitent à penser le politique consitutif de la langue à la croisée des imaginaires qui la traversent, des transformations materielles qui l'affectent, des affrontements qu'elle suscite.