Par Cécile Cerf
France met. : 5€ ⭢ 24€ d'achat, 10€ ⭢ 48€, 15€ ⭢ 96€, 20€ au-delà. DOM-TOM : 12€, 20€, 28€, 40€
La reine Pomaré est double. Deux femmes ont, à la même époque mais à 15 000 km de distance, porté ce nom, Pomaré IV de Tahiti et Élise Sergent, dont le teint, les déhanchés et le magnétisme lui ont valu ce surnom. La reine Pomaré de Tahiti est connue pour avoir organisé la résistance face à l’invasion française et pour avoir, bien que militairement battue, réussi à préserver en 1847 l’indépendance de l’île grâce à l’appui de la reine Victoria. Avec pour amants des personnages aussi en vue que le préfet Coco Romieu et le dandy Alfred d’Orsay, la reine Pomaré de Paris avait elle aussi réussi à préserver son indépendance. Théodore de Banville, Eugène Sue, Baudelaire, Nadar, Théophile Gautier et Heinrich Heine étaient fous d’elle. La presse la qualifiait de “reine de Mabille [bal des Champs Élysées réputé à l’époque], princesse du Ranelagh [café-spectacle], grande duchesse de la chaumière [cabaret de Monparnasse], par la grâce de la polka, du cancan et autres cachuchas”. Dans les quotidiens de l’époque l’une pouvait faire la première page quand l’autre faisait la seconde. Elles ne se sont jamais croisées mais connaissaient chacune l’existence de l’autre. Cécile Cerf relie leurs trépidentes histoires par l’intermédiaire d’un mystérieux marin anglais, videur de cabarets à Paris et navigateur en Polynésie. Face à la lâcheté masculine, le marin échoue cependant à inscrire dans la durée l’indépendance tant d’Élise Sergent que de la reine de Tahiti.
À signaler que l’année 2026 sera celle du bicentenaire de l’expédition Dumont d’Urville dans le Pacifique; inscrit sur la liste des commémorations nationales, il sera notamment célébré aux Musée de la Marine et à ceux de Cannes, de Rochefort et de La Rochelle ainsi qu’à Tahiti.
Fiche technique
Cécile Cerf est ancienne élève de l’ENS Fontenay-Saint-Cloud, agrégée de Lettres modernes et docteur en Littérature française. Elle s’intéresse aux destinées des femmes, en particuleir des danseuses, au xixe siècle. Elle a notamment publié chez Atlande À l’origine, sur le modèle du tableau de Courbet L’Origine du monde.