On croit comprendre le monde avec ça ! Entretiens mémoriels avec Henri Mitterand
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On croit comprendre le monde avec ça !

18,01 €

Entretiens mémoriels avec Henri Mitterand

Clive Thomson

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  Livraison gratuite

Et en lettre suivie pour la France métropolitaine !

    À travers ses entretiens avec Clive Thomson, Henri Mitterand livre un regard lucide et mordant sur trois quarts de siècle de vie intellectuelle française et nord-américaine. De l’université expérimentale de Vincennes à Columbia (New York) en passant par l’université de Toronto et la Sorbonne Nouvelle, il a formé des générations d’enseignants et de chercheurs, avec notamment la création du centre Zola dont il est un des plus grands spécialistes et l’éditeur dans la “Pléiade”.
    Henri Mitterand a modifié
fondamentalement notre perspective sur la littérature française des XIXe et XXe siècles avec l’introduction de la sociocritique et de la génétique des textes. Un des représentants de la French Theory, il jouit aux États-Unis d’un immense respect. En France, il a profondément marqué le monde de l’édition, en particulier scolaire, avec les collections qu’il a dirigées chez Nathan. Ayant exercé son leadership bienveillant sur des cohortes de jeunes chercheurs, il livre ici les ressorts profonds de ses propres choix.

Fiche technique

Référence
460651
ISBN
9782350306513
Hauteur :
21 cm
Largeur :
15 cm
Nombre de pages :
240
Reliure :
broché

Avant-propos
Une amitié de cinquante ans

Premier entretien
Le destin passe et vous avez le coup de chance

Deuxième entretien
Une méthode, mais en même temps une poussée d'intérêt passionné

Troisième entretien
Relations extérieures

Quatrième entretien
Lisez Proust !

Derniers mots

Chronologie des principaux événements de la vie d'Henri Mitterand

Bibliographie des travaux d'Henri Mitterand

Choix d'articles
Chronotopies romanesques : Germinal
Pour une sémantique textuelle de Mallarmé
La quatrième dimension
Histoire/fiction : Les Onze de Pierre Michon
À la recherche du rythme

Index

Clive Thomson est professeur de Littérature française à l’école des langues et littératures, université de Guelph (Canada), et psychanalyste.
Il a publié les ouvrages suivants : Georges Hérelle, archéologue de l’inversion sexuelle “fin de siècle” (éditions du Félin, 2014), Mikhaïl Bakhtin: His World and Ours (in Bakhtiniana: Journal of Discourse Studies, 2016), Autobiographie et homosexualité en France au xixe siècle de Philippe Lejeune (éditions de la Sorbonne, 2017), Fières archives : documents d’homosexuels fin de siècle (Atlande, 2017, en collab.).

Clive Thomson : Qu’est-ce qui vous a amené à choisir votre sujet de thèse sur Zola ?

Henri Mitterand : Le sujet de thèse, ça a été à la fois une erreur et un bienfait, parce que je pensais faire une carrière de linguiste et puis finalement Zola m’en a détourné. Il m’en a détourné, pourquoi ? Parce qu’il y a une autre date, capitale, dans tous les virages que j’ai pu faire, ça a été la rencontre du docteur Jacques Émile-Zola. Je travaillais sur Zola, je faisais des enquêtes de vocabulaire sur l’œuvre de Zola, l’Assommoir, etc. Je n’étais pas absolument passionné, et je savais qu’il existait un fils de Zola, mais j’étais timide pour ça, je n’avais jamais osé sonner à sa porte. Je savais qu’il était parisien, médecin. Et puis, un beau jour, en 1957, je me suis dit : “Je prends le risque” et j’ai écrit au docteur Zola : “Je travaille sur l’œuvre de votre père, je serais heureux d’obtenir une rencontre avec vous…” Le lendemain, coup de téléphone, c’était le docteur Zola, me disant : “Je suis ravi qu’un jeune universitaire s’intéresse à l’œuvre de mon père, venez me voir, je vous montrerai des documents…” Et ça, ça a été décisif. Il habitait rue Pigalle, avec sa femme, qui était médecin aussi, très gentille. Ils ont été adorables tous les deux, et on est devenus très amis. Ils étaient vraiment plus âgés que nous et ils nous considéraient un peu comme des jeunes gens, non pas de leur famille, mais ils avaient une attitude assez paternelle. C’est si vrai que lorsque Marie-Hélène est née en 1959, Mme Zola a offert des couverts en argent, etc. Elle nous a même prêté le petit berceau en bois que vous avez peut-être vu à Saint-Père, blanc, dans lequel avait dormi sa petite-fille, Brigitte. Ils ne l’ont pas récupéré, je l’ai gardé. Nous avions donc des relations de collaboration et d’amitié très étroites. Le docteur Zola avait des archives, il avait des éditions originales, il m’a montré tout cela. Il avait le manuscrit de “J’accuse...!”, les lettres de Zola à son épouse, ainsi qu’à Jeanne, la mère de ses enfants. Enfin, bref… Pour un jeune chercheur qui découvre ces trésors, c’est une illumination. Très peu d’universitaires français s’étaient intéressés à Zola à l’époque. Citons la grande thèse de Guy Robert, celle de René Ternois, les articles de Marcel Girard. J’avais peu d’aînés dans le domaine des études zoliennes.

Compte-rendu de l'ouvrage dans Les cahiers naturalistes, n° 95-2021


Il faut féliciter Clive Thomson d’avoir, à l’été 2019, convaincu Henri Mitterand de retracer son parcours professionnel dans le cadre de quatre entretiens. Ce professeur de littérature française (qui est aussi psychanalyste, mais également ancien doctorant d’Henri Mitterand) était la personne désignée pour faire parler cet ami de cinquante ans, recueillir les souvenirs de celui qui n’accepte pas l’étiquette du « grand spécialiste de Zola », tout au plus celui de « doyen d’âge » des études zoliennes (p. 118).
Les spécialistes du maître de Médan découvriront ici – s’ils ne le savaient pas encore – qu’Henri Mitterand est autant littéraire que linguiste, autant acteur du monde universitaire que du monde éditorial, et surtout qu’il a écrit sur bien d’autres auteurs que Zola (voir p. 118). Cet éclectisme se trouve d’ailleurs souligné par le choix de ses cinq articles republiés ici, en fin d’ouvrage, puisqu’ils portent sur : Zola (1990), Mallarmé (1990), Péguy (2014), Michon (2016), et Flaubert (2018).
Dans ce livre, les zoliens apprendront qu’actuellement, Henri Mitterand travaille sur la figure du père de Zola qui lui permet de retraverser tous « les secrets de son oeuvre » (p. 124). Comme moi peut-être, ils liront avec un intérêt tout particulier le récit du travail collectif autour de l’édition de la Correspondance de Zola en 10 volumes, entre Paris et Toronto (1975-1995) et l’esprit dans lequel Henri Mitterand a écrit sa biographie de Zola en trois volumes (p. 96). Clive Thomson sent bien que dans ces trois volumes (écrits entre 1995 et 2001) son interlocuteur ne s’est pas identifié à Zola, ou n’a pas été mu par l’hagiographie, alors ils cherchent ensemble de meilleurs termes pour qualifier le rapport du biographe vis-à-vis du biographié et en viennent à envisager une forme de « substitution », avec la dose nécessaire de « complicité », de « passion » et de « distance critique » (p. 97-98).
Mais ce texte n’est pas, il faut l’énoncer clairement, un texte de zoliens à destination de zoliens. C’est le récit d’une « trajectoire » (p. 17) à la fois exceptionnelle et exemplaire, celle d’un enfant d’ouvriers repéré par un professeur, encouragé par un autre, un élève qui passe son certificat pendant la Seconde Guerre mondiale, un étudiant auquel l’on conseille toujours de « passer à l’étape supérieure » (p. 112) ‒ ce qui, à ses yeux, fut sa grande chance. Grandi en Bourgogne, il parvient à intégrer la khâgne d’Henri IV, puis l’ENS ; il réussit l’agrégation, entre à la Fondation Thiers, et rapidement occupe un premier poste universitaire, à Besançon. La mémoire restitue avec précision des paysages, quelques anecdotes, et surtout la mentalité d’une époque. Henri Mitterand est un universitaire français de son temps, qui a vécu les événements de mai 68 de l’intérieur, a participé à l’expérience de l’université de Vincennes, mais il se singularise par une deuxième vie universitaire, à l’étranger. S’il fut, comme d’autres, invité aux quatre coins du monde et fit une expérience plus longue d’échange au Canada, il décrocha ‒ à l’âge de la retraite française ‒ un poste de professeur permanent à la prestigieuse université new-yorkaise de Columbia, où il resta quinze ans.
À la demande de Clive Thomson, Henri Mitterand retrace avec clarté les différents courants de pensée qui ont formé la Nouvelle critique, explique ce qui distinguait les différentes revues littéraires les unes des autres, et raconte les combats qui furent les siens pour faire évoluer les manuels scolaires et universitaires, de sorte que ces entretiens mémoriels intéresseront les spécialistes de l’histoire culturelle, de l’histoire de l’université, et de l’histoire de l’édition. Mémoriels, ces entretiens sont aussi actuels dans la mesure, par exemple, où Henri Mitterand donne son avis sur les programmes d’aujourd’hui, qu’il juge inadaptés et même réactionnaires (p. 53). Côté recherche, il paie sa dette à Michael Riffaterre (p. 91, 95), rappelle les travaux de Jean Bellemin-Noël (p. 64, 72) et d’autres, dit son admiration pour Gérard Genette (p. 118-120)… S’exprimant sur les tendances contemporaines, il regrette qu’on ait parfois jeté le bébé avec l’eau du bain (p. 70), même s’il décèle, notamment dans l’ethnocritique, l’héritage de la sociocritique (p. 67) et, derrière elle, de la pensée marxisante.
Henri Mitterand insiste beaucoup sur la nécessité, aujourd’hui, de travailler sur la littérarité de l’oeuvre zolienne, ou plutôt sur la valeur littéraire, la singularité d’un art, « l’imagination des formes » (p. 70). Ce grand philologue regrette l’actuel positivisme d’une certaine recherche zolienne parce qu’il trouve que « l’archivistique, [...] la documentation historique » éludent les questions essentielles (p. 118). Il déplore également la facilité avec laquelle, à Médan, les politiques valorisent toujours l’auteur de J’Accuse ! (p. 105). De la même façon qu’il se met à distance de certaines évolutions de la recherche, il dit aussi sa détestation du mot « naturalisme », à propos de Zola (p. 120-121). S’il admet une connivence avec Zola et même une passion, il omet de dire explicitement qu’il partage avec lui une grande discipline. Le goût du travail se lit dans la valorisation des classes préparatoires, des concours, et le regret régulier qu’il exprime à la pensée de tout ce qui lui a fait perdre son temps, comme les réunions administratives, et surtout le militantisme ou les bals. Pourtant, telles qu’il nous les décrit, ces deux dernières activités de jeunesse étaient du travail elles aussi ! On l’aura compris, les souvenirs ne lissent pas le passé et n’oblitèrent pas le présent. Henri Mitterand, en de multiples endroits, fait entendre un point de vue critique.
Enfin, dans ces entretiens, le parcours professionnel croise forcément le parcours personnel : ses parents, sa femme, ses enfants, le socle de toute une vie. Henri Mitterand ne se confie pas sur sa rencontre avec Hélène mais son épouse est partout : elle est dans ce « nous », qui s’en va « passer l’automne de 1970 à Toronto », dans l’université où ils rencontreront Clive Thomson (p. 61), Hélène est là, dans le bureau de sa deuxième carrière, à Columbia, « penchée sur l’ordinateur » (p. 95), et c’est ensemble que le couple affronte la « douleur inguérissable » de perdre leur fille (p. 115, 128).
Le contenu des quatre entretiens est parfaitement structuré, des mots clés venant guider les lecteurs. Clive Thomson a également eu l’excellente idée de nous donner, en fin d’ouvrage, une « chronologie des principaux événements de la vie d’Henri Mitterand », ainsi qu’une bibliographie très parlante de l’ensemble de ses travaux, préfaces et présence médiatique incluses ! L’index, à la fois nominum et rerum, est remarquable.
Aurélie BARJONET

Accueil de l'ouvrage sur le site palmesacademiques.ca

C’est avec grand plaisir que je vous annonce la parution d’un nouvel ouvrage. Notre collègue Clive Thomson (University of Guelph, Ontario, Canada) vient de faire paraître On croit comprendre le monde avec ça ! Entretiens mémoriels avec Henri Mitterand aux Éditions Atlande, collection « Témoignages » (2021, 240 p.)

[...]
Au nom de l’APFUCC, je lui adresse toutes nos félicitations !
Valérie Dusaillant-Fernandes, présidente de l’APFUCC


À travers ses entretiens avec Clive Thomson, Henri Mitterand livre un regard lucide et mordant sur trois quarts de siècle de vie intellectuelle française et nord-américaine. De l’université expérimentale de Vincennes à Columbia (New York) en passant par l’université de Toronto et la Sorbonne Nouvelle, il a formé des générations d’enseignants et de chercheurs, avec notamment la création du centre Zola dont il est un des plus grands spécialistes et l’éditeur dans la “Pléiade”.

Henri Mitterand a modifié fondamentalement notre perspective sur la littérature française des XIXe et XXe siècles avec l’introduction de la sociocritique et de la génétique des textes. Un des représentants de la French Theory, il jouit aux États-Unis d’un immense respect. En France, il a profondément marqué le monde de l’édition, en particulier scolaire, avec les collections qu’il a dirigées chez Nathan. Ayant exercé son leadership bienveillant sur des cohortes de jeunes chercheurs, il livre ici les ressorts profonds de ses propres choix.

Recension sur la newsletter de l'association AIZEN

UPPER RIGHT: Long-term friend of the AIZEN Clive Thomson recently published "On croit comprendre le monde avec ça ! Entretiens mémoriels avec Henri Mitterand", a superb volume of interviews with the critic and great Zola specialist (éditions Atlande)!